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Icone d'épingleVoyage fantasmagorique, Miró sculpteur au Musée Maillol, publié le 31/05/2011


Voyage fantasmagorique,  Miró sculpteur  au Musée Maillol

 

Voyage fantasmagorique : « Miró sculpteur » au Musée Maillol
Le musée Maillol (Paris, 7ème) consacre jusqu’au 31 Juillet une exposition à Joan Miró. Mais pas au Miró habituel, dont les peintures ont fait de lui un des artiste majeur du 20ème siècle. C’est le Miró sculpteur qui est ici à l’honneur. Les habitués de la Fondation Maeght de St Paul de Vence sauront déjà à quoi s’attendre, les autres sauront être surpris. 
Car comment aborder cette réunion de plus de 100 objets d’un sculpteur dont on ne connaît quasiment que les peintures ? En peinture, Miró travail avec des lignes, des traits, des cercles, des formes et des couleurs. Plus en avant de son œuvre picturale, il va vers des épures tendant à ne garder que l’énergie et la spontanéité de la couleur. Ajouté à cela, quelques empreintes de pieds, car pour lui « la force entre par les pieds », et des titres en forme de métaphores qui appuient ses partis pris esthétiques et symboliques. Joan Miró cherche à faire œuvre de poésie et veut une peinture qui aurait la puissance évocatrice d’un haïku. 
Le principe est le même avec ses sculptures. A cette différence que, là où ses toiles évoquent, ses sculptures parlent. Alors, quand on entre dans les diverses salles du musée Maillol, on plonge dans un brouhaha de formes, de matières, de courbes et parfois de couleurs. La vie grouille, chaque objet a sa voie, les œuvres se répondent et vous prennent à parti. Avec elles, on sourit, on se fâche, on s’interroge, on s’amuse, on s’attendrit, et on bat la mesure d’une époque imprégnée de jazz et de baroque. 
« C’est dans la peinture que je créerai un monde véritablement fantasmagorique ». Entre postulat de départ et aboutissement d’une démarche, cette phrase résume son travail. Miró recrée une mythologie, réinvente la femme, l’espace, le ciel, recherche de nouveaux dieux. Avec son Oiseau Solaire et son Oiseau Lunaire, il met en place une allégorie du cycle, interroge de fait la lumière et l’Univers. Ses Femmes-oiseaux et ses Déesses-mères reviennent sur la vie, son origine et sa liberté. Ses Têtes de paysans, volontairement inspirées des Moaï de l’Île de Pâques, cherchent a ancrer l’homme à la terre, lourdement, viscéralement. On en revient à cette idée que « la force entre par les pieds ». Ces pieds que foulent la terre, cette terre qui nourrit l’homme. Miró y interroge les racines et sa position d’exilé.  Ses paysans sont-ils d’éternels et immuables résistants à l’ère du franquisme ? Son besoin de recréer un monde hétéroclite, hétérogène, résolument inscrit dans une liberté qui laisse à chacun la possibilité de créer ses propres repères, sonne comme une réaction à la tyrannie. 
Mais à ce sous-texte prime fondamentalement une inventivité et un ludisme avoué. « Je ne fais qu’utiliser ce que je trouve ; je rassemble ; j’assemble tout dans mon atelier qui est très vaste. Je combine différents objets, et parfois, je réutilise des éléments d’autres sculpture. » Sur les murs du musée Maillol où la parole de Miró s’affiche, l’artiste explique qu’il ne sait pas, qu’il cherche, qu’il se laisse guider. Bien sur, c’est à remettre en situation et le propos se doit être complété. Car la démarche, la culture et le travail précédent de l’homme sont le terreau sans lequel son œuvre n’aurait pu atteindre la force et la cohérence qu’on lui sait. Mais dans cette phrase, Miró formalise ce que ses sculptures donnent à ressentir : dans ce monde qu’il cherche à créer, tout est possible. 
L’artiste affirme que l’œuvre ne préexiste pas dans l’esprit de son créateur, mais qu’elle se créée au fur et à mesure. Chercher, essayer, tester, revenir. L’exposition, particulièrement au premier étage où les salles sont thématisées, donne à voir ces évolutions, aussi bien au niveau des idées, que des formes, des matières et des envies. 
Miró s’amuse et, incontestablement, on s’amuse avec lui. La frustration vient de ne pouvoir toucher ces sculptures qui y appellent tant, mais il est rare de sortir d’une exposition avec un tel sourire. 
Miró sculpteur, jusqu’au 31 juillet au Musée Maillol, Paris 7ème. Plein tarif : 11 euros
Crédit photo :
img1
Joan Miró
La Marche pénible guidée par l'oiseau flamboyant du désert, 1968
Huile sur toile 
195 x 391 cm
© Successió Miró / Adagp, Paris 2011 
ProLitteris, Zurich
img2
Joan Miró
Personnage, bronze, 1970
200x120x100 cm
© Successió Miró / Adagp, Paris 2011
Archives Fondation Maeght
Photo : JD²
img3
Joan Miró
Tête de femme et oiseau, bronze, 1972
102x70x44
© Successió Miró / Adagp, Paris 2011
Archives Fondation Maeght
Photo : JD²
Affiche
Joan Miró
Jeune fille s’évadant, bronze peint, 1968
166x34,5x65
© Successió Miró / Adagp, Paris 2011
© Archives Fondation Maeght

Le musée Maillol (Paris, 7ème) consacre jusqu’au 31 Juillet une exposition à Joan Miró. Mais pas au Miró habituel, dont les peintures ont fait de lui un des artiste majeur du 20ème siècle. C’est le Miró sculpteur qui est ici à l’honneur. Les habitués de la Fondation Maeght de St Paul de Vence sauront déjà à quoi s’attendre, les autres sauront être surpris. 

La marche pénible guidée par l'oiseau flamboyant du désert

 

Car comment aborder cette réunion de plus de 100 objets d’un sculpteur dont on ne connaît quasiment que les peintures ? En peinture, Miró travaille avec des lignes, des traits, des cercles, des formes et des couleurs. Plus en avant de son œuvre picturale, il va vers des épures tendant à ne garder que l’énergie et la spontanéité de la couleur. Ajouté à cela, quelques empreintes de pieds, car pour lui « la force entre par les pieds », et des titres en forme de métaphores qui appuient ses partis pris esthétiques et symboliques. Joan Miró cherche à faire œuvre de poésie et veut une peinture qui aurait la puissance évocatrice d’un haïku. 

 

Le principe est le même avec ses sculptures. A cette différence que, là où ses toiles évoquent, ses sculptures parlent. Alors, quand on entre dans les diverses salles du musée Maillol, on plonge dans un brouhaha de formes, de matières, de courbes et parfois de couleurs. La vie grouille, chaque objet a sa voix, les œuvres se répondent et vous prennent à parti. Avec elles, on sourit, on se fâche, on s’interroge, on s’amuse, on s’attendrit, et on bat la mesure d’une époque imprégnée de jazz et de baroque. 


Personnage« C’est dans la sculpture que je créerai un monde véritablement fantasmagorique ». Entre postulat de départ et aboutissement d’une démarche, cette phrase résume son travail. Miró recrée une mythologie, réinvente la femme, l’espace, le ciel, recherche de nouveaux dieux. Avec son Oiseau Solaire et son Oiseau Lunaire, il met en place une allégorie du cycle, interroge de fait la lumière et l’Univers. Ses Femmes-oiseaux et ses Déesses-mères reviennent sur la vie, son origine et sa liberté. Ses Têtes de paysans, volontairement inspirées des Moaï de l’Île de Pâques, cherchent à ancrer l’homme à la terre, lourdement, viscéralement. On en revient à cette idée que « la force entre par les pieds ». Ces pieds que foulent la terre, cette terre qui nourrit l’homme. Miró y interroge les racines et sa position d’exilé.  Ses paysans sont-ils d’éternels et immuables résistants à l’ère du franquisme ? Son besoin de recréer un monde hétéroclite, hétérogène, résolument inscrit dans une liberté qui laisse à chacun la possibilité de créer ses propres repères, sonne comme une réaction à la tyrannie. 

Tête de femme et oiseau

 

Mais à ce sous-texte prime fondamentalement une inventivité et un ludisme avoué. « Je ne fais qu’utiliser ce que je trouve ; je rassemble ; j’assemble tout dans mon atelier qui est très vaste. Je combine différents objets, et parfois, je réutilise des éléments d’autres sculptures. » Sur les murs du musée Maillol où la parole de Miró s’affiche, l’artiste explique qu’il ne sait pas, qu’il cherche, qu’il se laisse guider. Bien sûr, c’est à remettre en situation et le propos se doit d'être complété. Car la démarche, la culture et le travail précédent de l’homme sont le terreau sans lequel son œuvre n’aurait pu atteindre la force et la cohérence qu’on lui sait. Mais dans cette phrase, Miró formalise ce que ses sculptures donnent à ressentir : dans ce monde qu’il cherche à créer, tout est possible. 

 

L’artiste affirme que l’œuvre ne préexiste pas dans l’esprit de son créateur, mais qu’elle se créée au fur et à mesure. Chercher, essayer, tester, revenir. L’exposition, particulièrement au premier étage où les salles sont thématisées, donne à voir ces évolutions, aussi bien au niveau des idées, que des formes, des matières et des envies. 

 

Miró s’amuse et, incontestablement, on s’amuse avec lui. La frustration vient de ne pouvoir toucher ces sculptures qui y appellent tant, mais il est rare de sortir d’une exposition avec un tel sourire. 

 

 

Crédits photo :

 

Joan Miró, La Marche pénible guidée par l'oiseau flamboyant du désert, 1968, Huile sur toile 195 x 391 cm© Successió Miró / Adagp, Paris 2011 ProLitteris, Zurich

 

Joan Miró, Personnage, bronze, 1970, 200x120x100 cm© Successió Miró / Adagp, Paris 2011 Archives Fondation Maeght, Photo : JD²

 

Joan Miró, Tête de femme et oiseau, bronze, 1972, 102x70x44© Successió Miró / Adagp, Paris 2011 Archives Fondation Maeght, Photo : JD²

Affiche : Joan Miró, Jeune fille s’évadant, bronze peint, 1968, 166x34,5x65© Successió Miró / Adagp, Paris 2011 © Archives Fondation Maeght